{"id":336,"date":"2012-01-31T09:53:58","date_gmt":"2012-01-31T09:53:58","guid":{"rendered":"\/?p=336"},"modified":"2014-11-14T10:49:38","modified_gmt":"2014-11-14T10:49:38","slug":"france-turquie-comment-sarkozy-a-cree-un-lobby-turc","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.acort.org\/?p=336","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0France-Turquie: comment Sarkozy a cr\u00e9\u00e9 un lobby turc&nbsp;&raquo;"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: left;\"><strong>France-Turquie: comment Sarkozy a cr\u00e9\u00e9 un lobby turc<\/strong><br \/>\n<strong>Par Jean-Michel Demetz,<\/strong><br \/>\n<strong>publi\u00e9 le 31\/01\/2012 dans L&rsquo;EXPRESS<\/strong><!--more--><\/p>\n<p>La communaut\u00e9 install\u00e9e dans l&rsquo;Hexagone n&rsquo;a pu bloquer l&rsquo;adoption de la loi r\u00e9primant la n\u00e9gation des g\u00e9nocides. Mais, si la question des massacres de 1915 la divise, elle se rassemble autour de la libert\u00e9 d&rsquo;expression. Et s&rsquo;organise pour, \u00e0 l&rsquo;avenir, faire entendre sa voix.<\/p>\n<p>Plusieurs milliers de manifestants ont d\u00e9fil\u00e9 \u00e0 Paris, le 21 janvier, contre la loi. Elle sera adopt\u00e9e au S\u00e9nat deux jours plus tard.<\/p>\n<p>Ils ont perdu la bataille mais, cette fois-ci, ils sont all\u00e9s au combat en rangs serr\u00e9s. En 2001, lors du vote de la reconnaissance du g\u00e9nocide arm\u00e9nien par le Parlement, ils \u00e9taient rest\u00e9s cois. En 2006, lors d&rsquo;un premier vote par l&rsquo;Assembl\u00e9e nationale d&rsquo;une p\u00e9nalisation de la n\u00e9gation du g\u00e9nocide arm\u00e9nien de 1915, seule une infime partie des Turcs de France &#8211; ils seraient de 500 000 \u00e0 600 000 dans tout l&rsquo;Hexagone &#8211; \u00e9tait descendue dans la rue. Six ans plus tard, la mobilisation est tout autre. Le 21 janvier, deux jours avant l&rsquo;adoption par le S\u00e9nat d&rsquo;un texte r\u00e9primant \u00ab\u00a0la n\u00e9gation ou la minimisation outranci\u00e8re&nbsp;&raquo; des g\u00e9nocides reconnus par la loi, de 20.000 \u00e0 30.000 manifestants, drapeaux frapp\u00e9s du croissant et tricolores m\u00eal\u00e9s, battaient le pav\u00e9 parisien. Du jamais vu. Et l&rsquo;activisme des consulats turcs n&rsquo;explique pas tout. \u00ab\u00a0Cette fois-ci, nos plaies \u00e9taient trop vives, explique Hikmet Turk, un entrepreneur en b\u00e2timent, porte-parole du Comit\u00e9 de coordination des associations franco-turques \u00e0 l&rsquo;origine de la protestation. Qu&rsquo;une loi \u00e9lectoraliste bafoue notre libert\u00e9 d&rsquo;expression, nous les Fran\u00e7ais d&rsquo;origine turque, nous ne pouvons le tol\u00e9rer.&nbsp;&raquo; La liste des griefs est longue. \u00ab\u00a0Pseudo-g\u00e9nocide, question chypriote, statut des orthodoxes, notre pr\u00e9sident Nicolas Sarkozy, qui s&rsquo;oppose \u00e0 l&rsquo;entr\u00e9e de la Turquie dans l&rsquo;UE: les m\u00e9dias passent leur temps \u00e0 dire du mal des Turcs, d\u00e9nonce Ahmet Ogras, un ing\u00e9nieur de 40 ans qui anime l&rsquo;Union des d\u00e9mocrates europ\u00e9ens turcs. Or une nouvelle g\u00e9n\u00e9ration arrive, mieux \u00e9duqu\u00e9e, plus active et consciente de ses droits citoyens.&nbsp;&raquo;<\/p>\n<p>Oppos\u00e9s sur la nature des faits, unis sur les principes<\/p>\n<p>Les Turcs de France restent divis\u00e9s sur la qualification des \u00e9v\u00e9nements de 1915. D&rsquo;ailleurs dans la manifestation du 21, ce point saillant, au coeur m\u00eame de la loi, \u00e9tait soigneusement \u00e9cart\u00e9. \u00ab\u00a0C&rsquo;est aux historiens de faire la lumi\u00e8re sur ce qui s&rsquo;est r\u00e9ellement pass\u00e9, esquive Hikmet Turk. Mon arri\u00e8re-grand-p\u00e8re, que j&rsquo;ai connu, avait une autre version que celle avanc\u00e9e par les Arm\u00e9niens.&nbsp;&raquo; \u00ab\u00a0Je ne suis pas comp\u00e9tent: laissons les historiens travailler&nbsp;&raquo;, rench\u00e9rit Ahmet Ogras.<\/p>\n<p>Cette loi \u00e9lectoraliste ne va qu&rsquo;accentuer le communautarisme et le nationalisme<\/p>\n<p>Coordinateur de l&rsquo;Assembl\u00e9e citoyenne des originaires de Turquie (Acort), Umit Metin n&rsquo;a pas, lui, rejoint le d\u00e9fil\u00e9 parce que ses organisateurs \u00ab\u00a0collent trop \u00e0 l&rsquo;histoire officielle des \u00e9v\u00e9nements de 1915&nbsp;&raquo;. Le 30 janvier, l&rsquo;Acort organisait dans la mairie du Xe arrondissement de Paris une projection-d\u00e9bat d&rsquo;un film-hommage consacr\u00e9 \u00e0 Hrant Dink, un journaliste arm\u00e9nien de Turquie assassin\u00e9 en 2007 par un ultranationaliste. Au nom du dialogue entre communaut\u00e9s, ce dernier, dans un entretien \u00e0 L&rsquo;Express, avait jug\u00e9 \u00ab\u00a0imb\u00e9cile&nbsp;&raquo; toute tentative de p\u00e9naliser la n\u00e9gation du g\u00e9nocide. Ce dialogue serait d\u00e9sormais \u00ab\u00a0menac\u00e9 par cette loi \u00e9lectoraliste, qui ne va qu&rsquo;accentuer le communautarisme et le nationalisme&nbsp;&raquo;, \u00e0 en croire Umit Metin.<\/p>\n<p>Choc des m\u00e9moires<\/p>\n<p>C&rsquo;est aussi au nom de la sauvegarde du d\u00e9bat entre Turcs et Arm\u00e9niens que le Congr\u00e8s des \u00e9tudiants turcs de France a envoy\u00e9, avant le vote, une longue lettre aux parlementaires fran\u00e7ais les pressant de repousser un texte qui aboutirait \u00e0 \u00ab\u00a0pourfendre litt\u00e9ralement le dialogue long et sinueux amorc\u00e9 depuis quelques ann\u00e9es au sein de la soci\u00e9t\u00e9 civile en Turquie&nbsp;&raquo;. Sur les bords du Bosphore, apr\u00e8s des d\u00e9cennies de silence, le tabou sur les massacres de 1915 a, en effet, \u00e9t\u00e9 lev\u00e9 par les intellectuels et les m\u00e9dias turcs. \u00ab\u00a0Pour nous, l&rsquo;Etat turc doit ouvrir le dialogue, plaide Hakki Unal, \u00e9tudiant en sciences politiques \u00e0 Strasbourg et pr\u00e9sident du Congr\u00e8s. Mais cette loi pousse \u00e0 un choc des m\u00e9moires et ne va contribuer qu&rsquo;\u00e0 attiser les extr\u00e9mismes au sein des deux communaut\u00e9s. Me traiter de n\u00e9gationniste, parce que l&rsquo;Etat turc a voulu effacer des m\u00e9moires ce qui s&rsquo;est pass\u00e9, n&rsquo;est pas acceptable.&nbsp;&raquo; Les \u00e9tudiants ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9\u00e7us: seuls six parlementaires ont pris la peine de leur r\u00e9pondre.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Dommages pour les deux pays&nbsp;&raquo;<\/p>\n<p>Sur la nature des faits survenus en 1915 &#8211; g\u00e9nocide ou pas -, la communaut\u00e9 turque reste donc divis\u00e9e. Sur la question des principes, toutefois, elle retrouve une ligne commune afin de d\u00e9noncer l&rsquo;atteinte \u00e0 la libert\u00e9 d&rsquo;expression que constituerait la loi. C&rsquo;est aussi le moyen d&rsquo;\u00e9viter que ses prises de position ne soient r\u00e9duites \u00e0 l&rsquo;expression d&rsquo;un ghetto communautaire. Sur un grand placard publicitaire paru, le 21 janvier, dans quelques quotidiens, le Comit\u00e9 de coordination des associations franco-turques prend ainsi soin d&rsquo;\u00e9lever \u00e0 un niveau plus g\u00e9n\u00e9ral la pol\u00e9mique en mettant en avant les r\u00e9ticences de nombreux historiens de renom, au premier rang desquels Pierre Nora, oppos\u00e9 aux \u00ab\u00a0revendications m\u00e9morielles de groupes particuliers&nbsp;&raquo;. Sans oublier de citer la tribune indign\u00e9e de l&rsquo;ancien pr\u00e9sident du Conseil constitutionnel, Robert Badinter, dans Le Monde, ramass\u00e9e en une formule choc: \u00ab\u00a0Le Parlement fran\u00e7ais n&rsquo;a pas re\u00e7u de la Constitution comp\u00e9tence pour dire l&rsquo;Histoire.&nbsp;&raquo;<\/p>\n<p>En amont, plus discr\u00e8tement, les patrons turcs ont, eux aussi, tent\u00e9 de geler la m\u00e9canique l\u00e9gislative. Une d\u00e9l\u00e9gation de la Tusiad &#8211; le patronat lib\u00e9ral, accoutum\u00e9 \u00e0 mener une diplomatie parall\u00e8le en Europe &#8211; conduite par le pr\u00e9sident de l&rsquo;Union des chambres et des Bourses de Turquie (Tobb), Rifat Hisarciklioglu, s&rsquo;est rendue \u00e0 Paris, en d\u00e9cembre 2011, afin de mettre en garde contre les \u00ab\u00a0dommages pour les deux pays&nbsp;&raquo; que causerait le vote de la loi.<\/p>\n<p>Les Turcs ont plaid\u00e9 aupr\u00e8s de Laurence Parisot, patronne du Medef, et d&rsquo;Henri de Castries, pr\u00e9sident du directoire d&rsquo;Axa, un des piliers de l&rsquo;Institut du Bosphore, une association bas\u00e9e \u00e0 Paris, fond\u00e9e pour d\u00e9fendre aux yeux de l&rsquo;opinion fran\u00e7aise la cause de la Turquie europ\u00e9enne. Sans r\u00e9sultat, \u00e0 l&rsquo;\u00e9vidence.<\/p>\n<p>M\u00eame si certains de ses membres comme les journalistes Alexandre Adler et Bernard Guetta, ont d\u00e9nonc\u00e9 le texte de loi, \u00ab\u00a0l&rsquo;Institut n&rsquo;a pas souhait\u00e9 prendre de position collective, explique sa directrice, Serap Atan. Mais les Turcs de France ont pris conscience avec cet \u00e9pisode qu&rsquo;ils ne pouvaient plus rester silencieux sauf \u00e0 \u00eatre stigmatis\u00e9s&nbsp;&raquo;.<\/p>\n<p>Le texte bloqu\u00e9 par un recours de parlementaires<\/p>\n<p>Une bombe atomique pour l&rsquo;Elys\u00e9e qui n&rsquo;a rien vu venir<\/p>\n<p>Pr\u00e9sident du groupe France-Turquie \u00e0 l&rsquo;Assembl\u00e9e nationale, le d\u00e9put\u00e9 (UMP) du Lot-et-Garonne Michel Diefenbacher a bataill\u00e9 jusqu&rsquo;au bout contre l&rsquo;adoption du texte. \u00ab\u00a0Le r\u00f4le du Parlement n&rsquo;est pas de prendre parti pour une communaut\u00e9 contre l&rsquo;autre, justifie-t-il. En outre, notre mission est de favoriser les relations entre nos pays. Or, dans les deux cas, cette loi aboutit \u00e0 un effet inverse.&nbsp;&raquo; Apr\u00e8s l&rsquo;adoption du texte par les deux chambres, il n&rsquo;a pas m\u00e9nag\u00e9 ses efforts, en parall\u00e8le avec les s\u00e9nateurs du groupe RDSE, afin de r\u00e9unir 60 signatures parmi ses coll\u00e8gues afin de d\u00e9f\u00e9rer la loi devant le Conseil constitutionnel.<\/p>\n<p>La manoeuvre a finalement r\u00e9ussi. A la surprise g\u00e9n\u00e9rale, le 31 janvier, le Conseil \u00e9tait saisi de deux recours, l&rsquo;un \u00e9manant de 65 d\u00e9put\u00e9s, l&rsquo;autre de 77 s\u00e9nateurs. \u00ab\u00a0C&rsquo;est une bombe atomique pour l&rsquo;Elys\u00e9e qui n&rsquo;a rien vu venir&nbsp;&raquo; d\u00e9clarait le d\u00e9put\u00e9 UMP Lionel Tardy, l&rsquo;un des signataires. Les parlementaires s&rsquo;associant au recours sont issus de tous les groupes. Pour la communaut\u00e9 franco-turque, ce coup de th\u00e9\u00e2tre justifie leur mobilisation. \u00ab\u00a0Bravo Nicolas Sarkozy ! ironise Umit Metin, coordinateur de l&rsquo;Acort. Il aura tout fait pour jeter les bases d&rsquo;un futur lobby turc en France.&nbsp;&raquo;<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.lexpress.fr\/actualite\/monde\/europe\/france-turquie-comment-sarkozy-a-cree-un-lobby-turc_1077481.html#EO9XvHftbSTcKxlJ.99\" target=\"_blank\">http:\/\/www.lexpress.fr\/actualite\/monde\/europe\/france-turquie-comment-sarkozy-a-cree-un-lobby-turc_1077481.html#EO9XvHftbSTcKxlJ.99<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>France-Turquie: comment Sarkozy a cr\u00e9\u00e9 un lobby turc Par Jean-Michel Demetz, publi\u00e9 le 31\/01\/2012 dans L&rsquo;EXPRESS<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[13],"tags":[],"class_list":["post-336","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-presse"],"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/phpk4M-5q","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_featured_media_url":"","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.acort.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/336","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.acort.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.acort.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.acort.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.acort.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=336"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.acort.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/336\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":376,"href":"https:\/\/www.acort.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/336\/revisions\/376"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.acort.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=336"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.acort.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=336"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.acort.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=336"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}