{"id":359,"date":"1997-07-10T09:11:56","date_gmt":"1997-07-10T09:11:56","guid":{"rendered":"\/?p=359"},"modified":"2014-12-08T13:50:54","modified_gmt":"2014-12-08T13:50:54","slug":"les-turcs-en-aide-aux-sans-papiers","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.acort.org\/?p=359","title":{"rendered":"Les Turcs en aide aux sans-papiers."},"content":{"rendered":"<p><strong>Dans la course \u00e0 la r\u00e9gularisation, une association s&rsquo;active pour constituer les dossiers.<\/strong><br \/>\n<strong> B\u00c9ATRICE BANTMAN &#8211; Lib\u00e9ration du \u00a010 JUILLET 1997<\/strong><!--more--><\/p>\n<p>Esp\u00e9rer. Le verbe revient sans cesse, et en fran\u00e7ais, quand on interroge les Turcs, les Chinois, les Africains qui, depuis l&rsquo;annonce des r\u00e9gularisations, se sont pr\u00e9cipit\u00e9s par centaines dans la petite permanence parisienne de l&rsquo;Association des travailleurs turcs (ATT). Transform\u00e9s en auxiliaires administratifs, compl\u00e8tement d\u00e9bord\u00e9s, militants et b\u00e9n\u00e9voles assistent les sans-papiers dans leurs d\u00e9marches, les aident \u00e0 remplir les formulaires pour les pr\u00e9fectures et \u00e0 constituer leurs dossiers. \u00abJ&rsquo;esp\u00e8re\u00bb, dit Bayram, un jeune Kurde qui travaille \u00abbeaucoup et pour pas cher\u00bb depuis huit longues ann\u00e9es \u00e0 Paris. \u00abJ&rsquo;esp\u00e8re\u00bb, r\u00e9p\u00e8te Isma\u00efl, exploit\u00e9 depuis son arriv\u00e9e en France dans les restaurants turcs, grecs, italiens ou juifs du quartier.<\/p>\n<p>Un homme incarne, mieux que n&rsquo;importe qui, cet espoir des sans-papiers depuis l&rsquo;arriv\u00e9e de la gauche au pouvoir: El Hadj Diop, emprisonn\u00e9 dans les derniers jours de la droite pour violences \u00e0 un policier \u00ad mais une cassette vid\u00e9o montre qu&rsquo;il ne l&rsquo;a pas touch\u00e9. El Hadj Diop, en France depuis 22 ans, a \u00e9t\u00e9 lib\u00e9r\u00e9 hier et sera sans doute r\u00e9gularis\u00e9. Mais, apr\u00e8s deux mois d&rsquo;absence forc\u00e9e, ce S\u00e9n\u00e9galais ne reconna\u00eet pas la permanence o\u00f9 il avait l&rsquo;habitude de venir conseiller les Chinois. En m\u00eame temps que l&rsquo;espoir ont cr\u00fb l&rsquo;affluence et l&rsquo;attente.<\/p>\n<p>Bousculade. Dans le salon, une famille chinoise, femme au tricot et enfants sages, patiente. Des hommes boivent le th\u00e9 \u00e0 la menthe, comme d&rsquo;habitude. Mais jamais encore El Hadj n&rsquo;avait vu cette bousculade. Il s&rsquo;agit aujourd&rsquo;hui de remplir les formulaires de la pr\u00e9fecture, ou de relire cette circulaire du minist\u00e8re de l&rsquo;Int\u00e9rieur qui \u00e9num\u00e8re les cat\u00e9gories de sans-papiers r\u00e9gularisables.<\/p>\n<p>Cette association discr\u00e8te a une longue histoire en mati\u00e8re de r\u00e9gularisations. Les Turcs, tailleurs tr\u00e8s habiles, ont longtemps fourni des contingents de mercenaires, aussi sp\u00e9cialis\u00e9s qu&rsquo;exploit\u00e9s, \u00e0 la haute couture fran\u00e7aise, Dior et Cardin en t\u00eate. En 1974, lorsque Giscard donne le coup d&rsquo;arr\u00eat \u00e0 l&rsquo;immigration, la demande ne se tarit pas. Et les Turcs continuent \u00e0 venir clandestinement. En 1980, une gr\u00e8ve de la faim \u00e9clate dans le Sentier. L&rsquo;Association des travailleurs turcs, qui vient de na\u00eetre, est \u00e0 la pointe du combat. Apr\u00e8s un je\u00fbne de vingt-cinq jours, elle obtient la r\u00e9gularisation de 4 000 Turcs, deux ans avant la grande vague de r\u00e9gularisations de la gauche. Dix ans plus tard, apr\u00e8s des gr\u00e8ves de la faim dans toute la France, c&rsquo;est encore l&rsquo;ATT qui fait accorder le statut de r\u00e9fugi\u00e9s politiques \u00e0 20 000 Turcs d\u00e9bout\u00e9s du droit d&rsquo;asile.<\/p>\n<p>\u00abL&rsquo;atmosph\u00e8re \u00e9tait alors bien diff\u00e9rente, tr\u00e8s d\u00e9favorable aux immigr\u00e9s\u00bb, dit Umit, actif dans l&rsquo;association depuis cette \u00e9poque. \u00abAujourd&rsquo;hui, nous nous sentons plus soutenus.\u00bb Deux semaines \u00e0 peine apr\u00e8s la publication de la circulaire du minist\u00e8re de l&rsquo;Int\u00e9rieur, les plus d\u00e9gourdis ont d\u00e9j\u00e0 fini les formalit\u00e9s. Il y a eu beaucoup d&rsquo;\u00e9nervement et de bousculades: \u00abJ&rsquo;\u00e9tais actif, j&rsquo;ai re\u00e7u des coups de matraque, pas toi\u00bb, ont dit les militants chinois du troisi\u00e8me collectif pour passer les premiers. Ceux qui restent ne sont pas forc\u00e9ment les cas les plus faciles: des c\u00e9libataires, des d\u00e9bout\u00e9s du droit d&rsquo;asile qui risquent de se retrouver \u00e0 la marge des r\u00e9gularis\u00e9s. \u00abTu ne travailles pas, mon fr\u00e8re, m\u00eame au noir? demande un permanent \u00e0 Amadou, un jeune S\u00e9n\u00e9galais sans famille ni profession. Et comment tu vis? Tu as une femme riche? Tu peux tout nous dire, on n&rsquo;est pas la police, ici.\u00bb<\/p>\n<p>Escroquerie. Les escrocs ont vite appris \u00e0 profiter de l&rsquo;impatience des sans-papiers. Depuis un an d\u00e9j\u00e0, une association bidon demandait 800 F pour une carte sans valeur. Des avocats marrons ont distribu\u00e9 leurs cartes, \u00e9crites en chinois ou en turc, dans les files d&rsquo;attente des pr\u00e9fectures, et de nombreux sans-papiers ont d\u00e9j\u00e0 d\u00e9bours\u00e9 plus de 50 000 F en d\u00e9marches infructueuses. Des formulaires de la pr\u00e9fecture ont \u00e9t\u00e9 vendus \u00e0 des na\u00effs, des fabriques de fausses fiches de paie tournent dans l&rsquo;ombre et les promesses d&#8217;embauche, cens\u00e9es faciliter les r\u00e9gularisations, se n\u00e9gocient pour quelques milliers de francs. \u00abJ&rsquo;avais pr\u00e9venu la pr\u00e9fecture de Paris, explique Umit. Comment peut-on exiger des fiches de paie, des ressources stables, de sans-papiers contraints par d\u00e9finition \u00e0 la clandestinit\u00e9?\u00bb D\u00e9\u00e7u, Umit constate que la circulaire a \u00e9t\u00e9 \u00e9labor\u00e9e sans consultation des sans-papiers et que les questions des associations sont rest\u00e9es sans r\u00e9ponse. \u00abCe n&rsquo;est pas une circulaire, dit-il en agitant la feuille. On n&rsquo;a aucune garantie, on ne sait pas ce qui va se passer. On sait simplement que les probl\u00e8mes ne seront pas r\u00e9solus et que la lutte va continuer.\u00bb Une lutte qui, reconna\u00eet Umit, ne profite pas seulement aux sans-papiers. \u00abEux, les plus mis\u00e9rables de tous les immigr\u00e9s, ont quand m\u00eame forc\u00e9 la France \u00e0 revoir l&rsquo;ensemble de sa politique d&rsquo;immigration\u00bb.<\/p>\n<p><strong>BANTMAN B\u00e9atrice<\/strong><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.liberation.fr\/france\/1997\/07\/10\/les-turcs-en-aide-aux-sans-papiers-dans-la-course-a-la-regularisation-une-association-s-active-pour-_211131\" target=\"_blank\">http:\/\/www.liberation.fr\/france\/1997\/07\/10\/les-turcs-en-aide-aux-sans-papiers-dans-la-course-a-la-regularisation-une-association-s-active-pour-_211131<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans la course \u00e0 la r\u00e9gularisation, une association s&rsquo;active pour constituer les dossiers. 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