{"id":363,"date":"1998-07-18T09:20:56","date_gmt":"1998-07-18T09:20:56","guid":{"rendered":"\/?p=363"},"modified":"2014-11-14T09:25:24","modified_gmt":"2014-11-14T09:25:24","slug":"les-sans-papiers-ne-restent-pas-sur-leur-faim","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.acort.org\/?p=363","title":{"rendered":"Les sans-papiers ne restent pas sur leur faim."},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: left;\"><strong>Les sans-papiers ne restent pas sur leur faim. <\/strong><br \/>\n<strong>Les gr\u00e9vistes des Batignolles ont obtenu le r\u00e9examen de leur dossier.<\/strong><br \/>\n<strong>CLAIRE LIENART \u00a0&#8211; Lib\u00e9ration 18 JUILLET 1998<\/strong><!--more--><\/p>\n<p>Les sans-papiers des Batignolles ont annonc\u00e9, vendredi, l&rsquo;arr\u00eat de leur gr\u00e8ve de la faim commenc\u00e9e le 16 juin dernier. Ils ont obtenu un r\u00e9examen d&rsquo;ensemble de leurs dossiers. Jean-Pierre Chev\u00e8nement a promis une r\u00e9ponse \u00abrapide et explicite\u00bb \u00e0 leurs demandes de r\u00e9gularisation. Est-ce l&rsquo;effet du pav\u00e9 dans la mare lanc\u00e9 jeudi par Charles Pasqua? La proposition du s\u00e9nateur RPR des Hauts-de-Seine de r\u00e9gulariser tous les sans-papiers qui en ont fait la demande continue de susciter des r\u00e9actions. \u00abCharles Pasqua a tort, a assur\u00e9 l&rsquo;ancien garde des Sceaux RPR Jacques Toubon. C&rsquo;est d&rsquo;une certaine impuissance de l&rsquo;Etat \u00e0 appliquer la loi que souffre notre d\u00e9mocratie. Rien ne serait pire que de faire de cette incapacit\u00e9 un principe de gouvernement: la R\u00e9publique n&rsquo;y survivrait pas.\u00bb\u00abPasqua ne manque pas d&rsquo;air\u00bb, a lanc\u00e9 le PCF en d\u00e9non\u00e7ant les arri\u00e8re-pens\u00e9es politiques de l&rsquo;ancien ministre de l&rsquo;Int\u00e9rieur. \u00abDe Pasqua, rien ne m&rsquo;\u00e9tonne\u00bb, a d\u00e9clar\u00e9, de son c\u00f4t\u00e9, Jean-Marie Le Pen, lors de la journ\u00e9e de cl\u00f4ture de l&rsquo;universit\u00e9 d&rsquo;\u00e9t\u00e9 de son mouvement.<\/p>\n<p>La soupe est arriv\u00e9e au temple protestant des Batignolles juste apr\u00e8s la bonne nouvelle, vers minuit. L&rsquo;accord sign\u00e9 \u00e0 23h30 par les repr\u00e9sentants du troisi\u00e8me collectif et le minist\u00e8re de l&rsquo;int\u00e9rieur est accept\u00e9. Les vingt-neuf gr\u00e9vistes de la faim font aussit\u00f4t honneur \u00e0 ce premier repas depuis trente et un jours.<\/p>\n<p>Les membres de la d\u00e9l\u00e9gation ont les yeux cern\u00e9s. Mais ils sont contents. L&rsquo;objectif de la gr\u00e8ve, le r\u00e9examen loyal de tous les dossiers, est atteint. \u00abDans l&rsquo;accord sign\u00e9 cette nuit, les sans-papiers ont leur chance\u00bb, estime Emmanuel Terray, l&rsquo;anthropologue de 63 ans qui a je\u00fbn\u00e9 avec eux par solidarit\u00e9. Une assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale est organis\u00e9e et c&rsquo;est l&rsquo;ovation. Pour remercier les n\u00e9gociateurs, le pasteur du temple des Batignolles qui les a accueillis, et surtout les gr\u00e9vistes.<\/p>\n<p>Interrompu tant\u00f4t par les applaudissements, tant\u00f4t par les traducteurs chinois et turcs, Emmanuel Terray explique les termes de l&rsquo;accord. Premi\u00e8re victoire: la suspension des mesures d&rsquo;\u00e9loignement pendant l&rsquo;examen des recours. Tous les dossiers vont \u00eatre rouverts, l&rsquo;interpr\u00e9tation de la circulaire du 24 juin 1997 sera plus large, notamment sur le temps de s\u00e9jour minimum requis pour \u00eatre r\u00e9gularisable. Par ailleurs, le fait d&rsquo;avoir une partie de sa famille au pays ne constituera plus un obstacle; des dizaines de dossiers avaient \u00e9t\u00e9 refus\u00e9s pour ce motif, parfois \u00e0 cause d&rsquo;un seul enfant. Certains crit\u00e8res restent cependant \u00e0 discuter: ce sera la t\u00e2che de la commission consultative, dont l&rsquo;attitude, jeudi soir, semblait compr\u00e9hensive. Et des r\u00e9unions r\u00e9guli\u00e8res auront lieu avec le minist\u00e8re.<\/p>\n<p>\u00abL&rsquo;effet Mondial\u00bb. Certaines de ces mesures ne concernent que les membres du troisi\u00e8me collectif. \u00abMais, rel\u00e8ve Emmanuel Terray, dans un Etat de droit et avec un ministre de l&rsquo;Int\u00e9rieur si soucieux des valeurs r\u00e9publicaines, les membres du troisi\u00e8me collectif ne peuvent b\u00e9n\u00e9ficier d&rsquo;un traitement privil\u00e9gi\u00e9. L&rsquo;accord devrait donc s&rsquo;\u00e9tendre \u00e0 l&rsquo;ensemble des sans-papiers.\u00bb<\/p>\n<p>Les membres du collectif n&rsquo;en reviennent pas. \u00abQuand nous sommes arriv\u00e9s mercredi apr\u00e8s-midi, se souvient Umit Metin, l&rsquo;un des m\u00e9diateurs, nous avons senti que l&rsquo;ambiance \u00e9tait constructive. Rien \u00e0 voir avec la r\u00e9union de dimanche, \u00e0 l&rsquo;issue de laquelle l&rsquo;Int\u00e9rieur avait d\u00e9clar\u00e9 que les sans-papiers refusaient de n\u00e9gocier.\u00bb Pourquoi ce brusque changement de ton? \u00abPeut-\u00eatre ont-ils eu peur d&rsquo;un nouveau Saint-Bernard, estime Umit. Et puis ils ont voulu profiter de l&rsquo;effet Mondial. Le contexte \u00e9tait bon.\u00bb<\/p>\n<p>Phase de r\u00e9alimentation. Menderes Karadal, 34 ans, gr\u00e9viste de la faim turc, se d\u00e9clare \u00abheureux que la France, avec son \u00e9quipe d&rsquo;\u00e9trangers, ait gagn\u00e9\u00bb. Arriv\u00e9 en 1990, il a demand\u00e9 l&rsquo;asile politique. Refus. Quand son visa a expir\u00e9, il a saisi la commission de recours. Nouveau refus. Ce mois de je\u00fbne, il l&rsquo;a pass\u00e9 \u00e0 discuter, \u00e0 se promener de long en large dans les couloirs. \u00abBeaucoup d&rsquo;amis venaient. On parlait des papiers et du football. C&rsquo;est tr\u00e8s fatigant. La premi\u00e8re semaine, surtout, c&rsquo;\u00e9tait dur. Plus r\u00e9cemment, on a commenc\u00e9 \u00e0 avoir mal \u00e0 la t\u00eate. Je vais rester encore une semaine sous l&rsquo;oeil des m\u00e9decins, pendant la phase de r\u00e9alimentation. De toutes fa\u00e7ons, le gros stress est pass\u00e9.\u00bb<\/p>\n<p>Maux d&rsquo;estomac. Trois des gr\u00e9vistes ont d\u00fb \u00eatre hospitalis\u00e9s. L&rsquo;un avait \u00e9t\u00e9 oblig\u00e9 de rompre le je\u00fbne \u00e0 cause de maux d&rsquo;estomac. Les deux autres ont subi des examens. Pour tous, il s&rsquo;agit maintenant de reprendre des forces. Mliu-Yong-Nan boit son lait de soja \u00e0 petites lamp\u00e9es. Sa joie est de la m\u00eame nature: r\u00e9elle mais mesur\u00e9e. \u00abJe ne serai content \u00e0 100% que quand j&rsquo;aurai mes papiers.\u00bb Entr\u00e9 en France en 1990, il a a \u00e9t\u00e9 rejoint par sa femme l&rsquo;ann\u00e9e suivante, puis par sa fille et sa belle-m\u00e8re en 1996. Il a un sourire las. \u00abDepuis un mois, on se vide peu \u00e0 peu de nos forces. Il y avait beaucoup de monde ici. C&rsquo;est bien d&rsquo;avoir du soutien, mais c&rsquo;est bruyant. Difficile de trouver le sommeil dans ces conditions. On ne parlait que de \u00e7a, les papiers, la lutte, en chinois et aussi un peu en fran\u00e7ais, avec les Turcs. On a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s li\u00e9s tout le temps: ici, il n&rsquo;y a que des sans-papiers.\u00bb A l&rsquo;atmosph\u00e8re de victoire, Mliu-Yong-Nan apporte son b\u00e9mol: \u00abDe toutes fa\u00e7ons, ces papiers on les a pay\u00e9s trop cher.\u00bb.<\/p>\n<p><strong>LIENART Claire<\/strong><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.liberation.fr\/politiques\/1998\/07\/18\/les-sans-papiers-ne-restent-pas-sur-leur-faim-les-grevistes-des-batignolles-ont-obtenu-le-reexamen-d_241912\" target=\"_blank\">http:\/\/www.liberation.fr\/politiques\/1998\/07\/18\/les-sans-papiers-ne-restent-pas-sur-leur-faim-les-grevistes-des-batignolles-ont-obtenu-le-reexamen-d_241912<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les sans-papiers ne restent pas sur leur faim. Les gr\u00e9vistes des Batignolles ont obtenu le r\u00e9examen de leur dossier. 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