{"id":386,"date":"1999-11-20T12:22:54","date_gmt":"1999-11-20T12:22:54","guid":{"rendered":"\/?p=386"},"modified":"2014-12-08T13:54:12","modified_gmt":"2014-12-08T13:54:12","slug":"turkan-regularisee-a-titre-humanitaire-mais-en-situation-provisoire-depuis-huit-ans","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.acort.org\/?p=386","title":{"rendered":"Turkan, r\u00e9gularis\u00e9e \u00ab \u00e0 titre humanitaire \u00bb mais en situation provisoire depuis huit ans"},"content":{"rendered":"<p><strong>Turkan, r\u00e9gularis\u00e9e \u00ab \u00e0 titre humanitaire \u00bb mais en situation provisoire depuis huit ans<\/strong><br \/>\n<strong> Sylvia Zappi &#8211; LE MONDE du 20 novembre 1999<\/strong><!--more--><\/p>\n<p>DERRIERE un sourire timide et des mains qui ne cessent de tripoter son passeport, Turkan Toktas cache son angoisse et sa lassitude. Voici huit ans qu&rsquo;elle tente d&rsquo;obtenir une carte de r\u00e9sidente pour sortir de la pr\u00e9carit\u00e9; huit ans qu&rsquo;on la lui refuse. R\u00e9gularis\u00e9e depuis 1991, suite \u201c la gr\u00e8ve de la faim des d\u00e9bout\u00e9s du droit d&rsquo;asile turcs, elle est soumise depuis lors au r\u00e9gime du renouvellement annuel d&rsquo;une simple carte de s\u00e9jour provisoire. Une situation pr\u00e9caire \u201c faire fr\u00e9mir les&nbsp;&raquo; \u00e9trangers r\u00e9cemment r\u00e9gularis\u00e9s. Cette petite femme brune aux cheveux courts, Kurde originaire de l&rsquo;est de la Turquie, ne comprend pas qu&rsquo;apr\u00e8s ce qu&rsquo;elle a v\u00e9cu, on puisse douter de sa d\u00e9termination \u201c rester en France.<\/p>\n<p>Son p\u00e9riple commence en 1989, lorsqu&rsquo;elle arrive clandestinement \u201c Paris avec son mari, fuyant la r\u00e9pression turque et la mis\u00e8re. Leurs deux enfants sont rest\u00e9s au village; ils les rejoindront quand le couple aura obtenu l&rsquo;asile politique.<\/p>\n<p>La vie d&rsquo;exil est trop dure dans une grande ville dont on ne conna\u00eet pas la langue. Les deux demandeurs d&rsquo;asile travaillent sans rel\u00e2che dans les ateliers de confection : clandestins, sans-papiers et non d\u00e9clar\u00e9s. Un an plus tard, la r\u00e9ponse de l&rsquo;Office fran\u00e7ais de protection des r\u00e9fugi\u00e9s et apatrides (OFPRA) vient casser leur r\u00eave\u00a0: ils sont d\u00e9bout\u00e9s, comme des dizaines d\u2019autres Turcs.<\/p>\n<p>Au printemps, 54 Kurdes d\u00e9bout\u00e9s investissent l&rsquo;\u00e9glise Saint-Joseph dans le 11e arrondissement de Paris, pour entamer une longue gr\u00e8ve de la faim. Turkan Toktas est une des rares femmes \u201c participer au mouvement. Apr\u00e8s un mois de je\u009ene, le gouvernement annonce une r\u00e9gularisation \u00ab \u201c titre humanitaire \u00bb. Turkan re\u00e7oit le pr\u00e9cieux s\u00e9same pour sortir de la clandestinit\u00e9 : une carte temporaire d&rsquo;un an. Les enfants, entr\u00e9s entretemps\u00a0 sur le territoire fran\u00e7ais, obtiennent, comme le mari, un titre de s\u00e9jour.<\/p>\n<p>Depuis, ann\u00e9e apr\u00e8s ann\u00e9e, la carte demeure provisoire, alors que les m\u00e9diateurs avaient obtenu que apr\u00e8s trois ans de s\u00e9jour r\u00e9gulier, une carte de dix ans pourrait \u00eatre d\u00e9livr\u00e9e aux anciens d\u00e9bout\u00e9s. Nombre d&rsquo;anciens gr\u00e9vistes de la faim l&rsquo;ont obtenu, mais pas Mme Toktas.<\/p>\n<p>ALIGNER LES PREUVES DE TRAVAIL<\/p>\n<p>Chaque ann\u00e9e, deux mois avant l&rsquo;expiration de son timbre coll\u00e9 dans son passeport, elle remplit le formulaire envoy\u00e9 par la pr\u00e9fecture et aligne ses preuves de travail r\u00e9gulier : une succession de contrats temporaires dans diff\u00e9rents ateliers de confection. Un puzzle qui ne r\u00e9pond pas \u201c la continuit\u00e9\u2022 de l&#8217;emploi exig\u00e9e pour obtenir une carte de r\u00e9sident. Comment faire rentrer dans ces, cases la r\u00e9alit\u00e9 professionnelle d&rsquo;un secteur o\u00f9 les CDD et le travail \u201c la pi\u00e8ce sont monnaie courante, o\u00f9 les entreprises ferment et rouvrent au gr\u00e9 des faillites et des changements de propri\u00e9taires ?<\/p>\n<p>VA-ET-VIENT \u00c0 LA PR\u00c9FECTURE<\/p>\n<p>La couturi\u00e8re travaille dur, mais gagne sa vie correctement : un SMIC d\u00e9clar\u00e9, plus des primes \u201c la pi\u00e8ce. Le couple habite un pavillon qu&rsquo;il loue 4 200 francs par mois \u201c Cergy (Val-d&rsquo;Oise) et r\u00eave d&rsquo;acheter un logement. Mais avec un titre de s\u00e9jour temporaire, aucune banque n&rsquo;a voulu lui accorder de pr\u00eat.<\/p>\n<p>Les va-et-vient \u201c la pr\u00e9fecture en qu\u00eate d&rsquo;un r\u00e9cipiss\u00e9 de trois mois reconduit trois fois dans l&rsquo;ann\u00e9e avant d&rsquo;obtenir la carte ont fini par entamer la d\u00e9termination de la jeune femme. A chaque fois, la peur d&rsquo;une pi\u00e8ce qui manque, voire d&rsquo;un refus, lui font craindre le retour \u201c la clandestinit\u00e9. <em>\u00ab Cela, fait huit ans que Turkan cotise et elle est toujours en situation de pr\u00e9carit\u00e9. On lui refuse sa carte de dix ans sous le pr\u00e9texte d&rsquo;un travail irr\u00e9gulier. Mais comment voulez-vous qu&rsquo;elle puisse se faire embaucher en, CDI avec une carte d&rsquo;un an ?<\/em> \u00bb, s\u2019insurge Umit Metin, responsable de l&rsquo;Association des travailleurs turcs. Les larmes aux yeux, Mme Toktas avoue en avoir\u00a0 \u00ab <em>marre \u00bb.<\/em> <em>\u00ab Je veux ma carte de dix ans ! Je pourrais enfin m&rsquo;inscrire au ch\u00f4mage pour prendre des cours de fran\u00e7ais et chercher un autre travail \u00bb,<\/em> assure la jeune femme, qui, dans un sursaut de fiert\u00e9, se ressaisit,: \u00ab Je ne veux plus subir mais ,construire.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.lemonde.fr\/archives\/article\/1999\/11\/20\/turkan-regularisee-a-titre-humanitaire-mais-en-situation-provisoire-depuis-huit-ans_3600565_1819218.html\" target=\"_blank\">http:\/\/www.lemonde.fr\/archives\/article\/1999\/11\/20\/turkan-regularisee-a-titre-humanitaire-mais-en-situation-provisoire-depuis-huit-ans_3600565_1819218.html<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Turkan, r\u00e9gularis\u00e9e \u00ab \u00e0 titre humanitaire \u00bb mais en situation provisoire depuis huit ans Sylvia Zappi &#8211; LE MONDE du 20 novembre 1999<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[13],"tags":[],"class_list":["post-386","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-presse"],"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/phpk4M-6e","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_featured_media_url":"","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.acort.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/386","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.acort.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.acort.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.acort.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.acort.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=386"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/www.acort.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/386\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1100,"href":"https:\/\/www.acort.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/386\/revisions\/1100"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.acort.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=386"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.acort.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=386"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.acort.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=386"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}