HOMMAGE A HRANT DINK « Comment garder l’espoir face aux régressions »

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Le jeudi 16 février  2023 à 19h
à la Salle des Fêtes de la Mairie du 10e
72, rue du Faubourg Saint Martin – 75010 Paris

Hrant Dink a été assassiné à Istanbul il y a seize ans. Le choc émotionnel  créé par son assassinat avait accéléré le mouvement pour la réconciliation entre la Turquie et l’Arménie et pour la reconnaissance du génocide des Arméniens par une frange de plus en plus large de la société en Turquie. Une tentative d’accord diplomatique eut lieu entre la Turquie et l’Arménie en 2009. Elle  échoua rapidement, principalement parce que l’Azerbaïdjan s’y opposait. Mais les commémorations du génocide purent avoir lieu publiquement, dans quelques villes de la Turquie, notamment à Istanbul et à Diyarbakir à partir de 2009. Même si elles n’étaient pas suivies massivement, elles donnaient une visibilité aux initiatives de la société civile qui  s’étaient développées pour renforcer le dialogue entre les habitants d’Arménie et de Turquie. La fondation créée en la mémoire de Hrant Dink  entreprit  l’organisation de multiples événements, des conférences, des colloques, des rencontres ayant pour but d’accompagner le travail de mémoire en œuvre dans la société et combattre les discours de haine. Des publications se succédèrent sur ces sujets. Il y avait une vraie lueur d’espérance pour enfin tourner la page du déni  du passé  des haines et des violences qui ont marqué l’histoire de ces « deux peuples proches, deux voisins lointains » comme l’avait si bien décrit Hrant Dink.

Mais, depuis 2015, le centième anniversaire du génocide des Arméniens, ce mouvement d’avancée s’est arrêté. Depuis la tentative du coup d’Etat avorté en 2016, une chape de plomb s’est fermée sur la société turque accompagnée d’une peste émotionnelle islamo-nationaliste réalimentée par l’alliance au pouvoir entre le parti d’islam politique et le parti d’extrême-droite. Depuis quelques années il n’est plus possible en Turquie de commémorer publiquement le génocide le 24 avril et le discours négationniste a de nouveau saisi l’imaginaire collectif de la Turquie.

La deuxième guerre arméno-azérie dans laquelle la Turquie a joué un rôle actif du côté de l’Azerbaïdjan a encore davantage étouffé l’élan de la réconciliation. Il est même devenu difficile d’entreprendre des initiatives communes de société civile entre l’Arménie et la Turquie. L’occupation d’une partie du territoire arménien par l’Azerbaïdjan, le blocus imposé aux habitants de Haut-Karabagh, les menaces formulées par des milieux ultra-nationalistes ou fascistes azéris et turcs contre les Arméniens en Turquie, en Arménie mais aussi dans les pays européens brossent un désastreux tableau de régression.

Peut-on se résigner devant cette régression susceptible d’accoucher d’autres grandes catastrophes humaines ? La mémoire de Hrant Dink, son combat sans relâche jusqu’au jour de son assassinat, nous indique le chemin à suivre. Sans jamais tomber dans la haine et l’appel à la violence, continuer à œuvrer par tous les moyens disponibles à la réconciliation. Comme Hrant le disait, faire en sorte que « l’eau puisse trouver son chemin », le chemin de la réconciliation entre nos deux peuples. 2023 est une année d’élection en Turquie. Nous espérons qu’elle ne s’achèvera pas avant la remise en liberté d’Osman Kavala, de Selahettin Demirtaş et de tant d’autres détenus politiques, et qu’elle sera l’occasion d’un sursaut démocratique auquel nous consacrerons tous nos efforts.

Avec les interventions de
Garo Paylan, député d’origine arménienne du Parti démocratique des peuples (HDP), Turquie
Bahruz Samadov, doctorant à l’Université Charles de Prague, Azerbaïdjan
Armen Ohanian, écrivain politiste, Arménie

Soirée co-organisée par:
L’Assemblée Citoyenne des Originaires de Turquie – L’ACORT
Collectif du rêve commune

Conseil de Coordination des Organisations Arméniennes de France (CCAF)
Conseil Démocratique Kurde en France – CDK-K

Nouvelles d’Arménie Magazine
Péniche Anako
Union Culturelle française des Arméniens de France (UCFAF)